Le 17 Octobre, le CIVAM Auvergne, La Charrette, des producteurs, professionnels du circuit-court et institutionnels se sont réunis à Lempdes (63) afin d’échanger autour de la problématique logistique dans le circuit-court. Quelle belle après-midi ! C’était une occasion rêvée pour présenter La Charrette, et le CIVAM en a profité pour parler de son outil Local. Et voilà ce qu’on s’est raconté…

 

L’impact de la logistique en circuit-court

Le coût des livraisons représente un poids considérable dans le chiffre d’affaires réalisé en circuit-court (contrairement au circuit long qui offre une chaîne logistique optimisée et peu coûteuse).

Cependant des solutions existent, permettant de réduire le poids de ces livraisons. Nous pouvons citer les deux principaux leviers d’amélioration que sont:

  • L’optimisation des véhicules : mutualiser ses livraisons avec d’autres producteurs et/ou calculer des tournées plus efficientes
  • Le choix des débouchés: calculer ses coûts de livraison pour chaque type de vente et orienter ses choix de débouché en fonction (assurer ainsi la rentabilité économique de chaque vente).

Mais vous n’êtes pas seuls! Des outils, tels que l’outil Local (porté par le CIVAM) et La Charrette, sont là pour vous rendre la vie plus douce en matière d’optimisation logistique. La preuve ci-dessous…

 

L’OUTIL LOCAL (CIVAM)

Civam Auvergne

Elaboré par le FRCIVAM Bretagne, cet outil est destiné aux animateurs accompagnant des producteurs afin de sensibiliser ces derniers aux coûts de livraisons de leurs produits. Il permet de calculer les coûts induits par la logistique et a pour finalité l’optimisation de la distribution en circuit-court.

L’approche est la suivante:

  • Collecte des données en face à face (animateur et producteur/artisan) et saisie dans l’outil (par l’animateur)
  • Analyse des données
  • Restitution de l’analyse et recherche de pistes d’amélioration
  • Expérimentation des pistes d’amélioration

Les données collectées sont les suivantes:

  • informations générales sur la ferme (production, chiffre d’affaire, membre de collectif ou non…)
  • informations concernant les véhicules de livraisons (km/an, carburant, PTAC, capacité de stockage, carburant, type de véhicule (réfrigéré etc…))
  • un référencement des trajets et tournées (jour, produits, étapes, itinéraires, temps, chiffre d’affaire par tournée, par produits etc…)

L’outil local prend la forme d’un tableur Excel compilant toutes ces informations, il est manipulé par l’animateur. Une analyse est ensuite réalisée, avec des résultats déclinés par semaine/déplacement/produit/débouché etc…

Il permet d’avoir une idée précise des coûts et de la rentabilité de chaque produit livré selon le mode de distribution.

L’outil Local peut être utilisé individuellement ou au sein d’un collectif.

 

Questions

Est-ce une offre de service ? Au-delà de la sensibilisation, le CIVAM souhaite-t-il mutualiser des trajets ?

Oui, le but est de mutualiser des trajets et du matériel afin de régler les soucis logistiques majeurs sur les livraisons ainsi que sur les activités de production et de transformation.

 

Avez-vous ciblé des territoires, des filières, un public en particulier ?

Oui, les petits producteurs, les collectifs de la région etc… La mise en place de l’outil local provient en grande partie d’une demande des producteurs.

 

 

LA CHARRETTE

Camion légume vers la droite

La Charrette est un site collaboratif qui permet aux producteurs d’être mis en relation autour de trajets communs afin de les mutualiser. Les producteurs s’inscrivent sur le site et consultent les trajets existants (ils ont été postés par d’autres producteurs qui souhaitent les mutualiser). Si aucun trajet ne correspond à leurs besoins, les producteurs postent leurs propres trajets et attendent d’être contactés par d’autres producteurs. C’est en quelque sorte un « BlablaCar » des producteurs du circuit-court, sauf que La Charrette ne prélève pas de commission sur les mutualisations réalisées.

L’objectif est d’optimiser les trajets effectués par les producteurs alimentant le circuit-court, sans perdre le lien avec le consommateur. En effet, le producteur choisit quel trajet il souhaite mutualiser, à quelle fréquence (au coup par coup ou de manière régulière) et si il  se déplace lui-même ou si il laisse l’autre producteur acheminer sa marchandise pour lui. Rien n’est figé, les producteurs restent complètement libres de s’organiser comme bon leur semble.

L’accès au site et au service de mise en relation est gratuit pour permettre à tous les producteurs de nous rejoindre et de créer la communauté la plus large possible. Nous nous rémunérons à travers des commissions payées par les producteurs sur des services complémentaires : paiement du partage des frais en ligne, assurance des produits transportés et mise en relation avec des transporteurs professionnels. Ces services sont en cours de développement et seront mis en ligne en 2018.

Une première version du site a vu le jour en janvier dernier et notre communauté compte déjà plus de 80 de producteurs. L’enjeu est d’atteindre rapidement une masse critique bien plus importante, permettant à nos membres de trouver plus d’opportunités de covoiturage.

Questions

Quelles sont vos intentions ? Comment faire confiance à votre initiative ?

Nos intentions sont profondément sociales et nous sommes transparentes sur le modèle économique que nous comptons mettre en place pour rendre l’entreprise viable financièrement. Clientes de circuits-courts, nous avons fait le constat que les coûts étaient bien souvent plus élevés que dans la grande distribution, et l’approvisionnement souvent contraignant. En creusant un peu nous nous sommes rendu compte que cela venait en grande partie de la logistique qui prenait beaucoup de temps aux producteurs et représentait un cout significatif. Nous voulons offrir un service permettant aux producteurs de libérer du temps et de réduire leurs coûts dans le but de développer le circuit-court et de le rendre accessible à tous. Voilà notre motivation.

Quel est le modèle économique de La Charrette ?

Notre modèle économique se rapproche plus de celui du « bon coin » que de Airbnb ou Blablacar. Nous ne prélevons pas de frais sur le service de base (la mise en relation pour la mutualisation) car nous pensons que cela éloignerait certains producteurs qui ne souhaitent pas monétiser leurs relations avec les autres producteurs et préfèrent « s’échanger des services ». Pour nous rémunérer, nous prévoyons de proposer des services supplémentaires utiles mais optionnels qui facilitent la mutualisation et seront payants : l’assurance des produits, la possibilité de partager les frais de transport entre producteurs en ligne ou encore la mise en relation avec des transporteurs (Ex Le bon coin: les annonces sont déposées gratuitement, et les gens payent si ils veulent ajouter des photos, gagner en visibilité etc…).

Comment s’assure-t-on que les conditions de transport appropriées aux produits sont respectées ?

Il revient à chaque producteur de déterminer les conditions de transport appropriées pour chaque mutualisation et de bien vérifier que le producteur à qui il confie ses produits les respecte.
Nous mettons à disposition une checklist de bonnes pratiques afin qu’ils s’assurent de prendre en compte les conditions essentielles de transport et que leurs mutualisations se passent bien. La Charrette n’est pas responsable du transport et n’a pour objectif que de mettre en relation des producteurs. Nous savons qu’ils savent mieux que nous dans quelles conditions leurs produits doivent voyager.
Tout est affaire de confiance !

A-t-on le droit de transporter les produits d’autrui sans agrément de transporteur ?

Le code des Transports, contient deux décrets qui prévoient dans quels cas une personne peut réaliser un transport pour autrui, à condition de ne pas se rémunérer (ce qui n’empêche pas le remboursement des frais engagés), sans avoir d’agrément de transporteur :
– Le cas des groupements d’entreprises agricoles
– Le cas des agriculteurs individuels, à condition de ne pas dépasser un rayon de 100 km autour de la commune de leur exploitation, et de ne pas rémunérer la prestation de transport (ce qui n’empêche pas le partage des frais engagés)
Le code rural prévoit également l’exception de l’« entraide agricole » qui permet aux producteurs de se rendre des services entre eux en partageant les frais engagés.
La règlementation reste assez floue sur le cas spécifique de la mutualisation, et nous travaillons avec les administrations pour une clarification officielle du point de vue légal.

Quels sont les types de trajets mutualisés sur La Charrette aujourd’hui ?

Nous voyons passer sur la plateforme toutes sortes de trajets, de petites, moyennes (pour rejoindre les gros centres urbains), et très grandes distances (pour alimenter Paris par exemple). Ils approvisionnent des points distribution très variés, allant des magasins de producteurs aux points relais, en passant par les marchés.

Comment marche la recherche de trajets en ligne ?

Les producteurs ont accès aux trajets postés et cela leur permet de voir ceux qui les intéressent et de contacter directement les producteurs pertinents.
Afin de faciliter et d’encourager les mutualisations, nous étudions également nous-mêmes les parcours, et envoyons des propositions (par email ou texto) lorsque nous identifions des opportunités de mutualisation (sur le chemin de certaines tournées, en cours de trajet ou sur un retour à vide par exemple).

Le service est-il ouvert aux transformateurs ?

Oui, et nous avons d’ailleurs déjà beaucoup (brasseurs, confituriers, etc…). Il est cependant restreint aux produits alimentaires.

Une fois que l’on est en contact avec des producteurs sur des trajets récurrents, a-t-on encore besoin du site ?

Une fois qu’elles ont été mises en relation via La Charrette, les personnes peuvent s’arranger directement entre elles pour les trajets futurs, sans repasser par le site. Cela fonctionne sur des trajets réguliers (date, volumes, destination constants) et c’est tant mieux! Nous sommes ravies d’avoir été utiles et de voir se pérenniser la pratique de mutualisation au-delà des frontières de notre site.
Pour les trajets moins réguliers, (« du jour au lendemain », volumes fluctuant, etc..) il sera toujours plus efficace de se rendre sur le site pour consulter les opportunités, plutôt que d’appeler un par un les producteurs alentours. De même, l’utilisation du site permet aux producteurs de garder une grande flexibilité dans les usages, sans « sceller » un accord fixe à respecter d’une semaine à l’autre. Nous serons donc toujours utiles !

Quid de la responsabilité : est-ce le producteur qui transporte la marchandise qui s’assure pour l’entièreté de la marchandise ?

Pour l’instant oui, c’est le producteur livrant qui doit vérifier avec son assurance comment la marchandise transportée est couverte par son contrat. Nous sommes cependant en train de discuter avec des assureurs afin de proposer une offre d’assurance à laquelle les producteurs pourraient souscrire et qui couvriraient les marchandises transportées pour autrui sur un trajet en particulier. Nous proposerons une formule qui apportera le meilleur rapport couverture/prix afin de sécuriser les marchandises sans que le coût ne soit trop élevé pour le producteur

Quels sont les principaux freins à l’adhésion de votre outil ?

Le plus grand frein est la résistance au changement sur les pratiques des producteurs. C’est tout à fait normal, mais nous pensons vraiment que ce changement, qui demande certes un certain effort au début, leur apportera beaucoup par la suite, et peut vraiment changer la face et l’ampleur du circuit-court en France.

L’autre grand frein est celui de la confiance. Mutualiser avec quelqu’un qu’on ne connait pas, à travers un site qu’on ne connait pas, tout cela demande de la confiance et une certaine prise de risque lors des premières utilisations. Nous le comprenons tout à fait et nous travaillons activement à mériter et garder cette confiance. Les producteurs qui nous suivent depuis le début le savent et n’ont jamais été déçus.

Enfin, le dernier frein important que nous rencontrons est celui de la monétisation des trajets. Beaucoup de producteurs ne connaissent pas le coût d’un trajet, et souvent le sous-évaluent. C’est pour cela que nous avons mis en ligne un calculateur de coût des trajets et que nous les sensibilisons sur l’importance d’évaluer leurs coûts pour chaque trajet. Cela leur permet de mieux les maitriser (et de ne pas gâcher cette marge durement gagnée, dans la logistique) et de proposer un partage équitable lors d’une mutualisation. Comme ils ont du mal à estimer le coût d’un déplacement, ils sont souvent perdus lorsqu’il s’agit de le partager !

 

Brainstorming

Brainstorming

Les participants nous ont fait part de leur expérience, difficultés, et proposent des solutions.

Comment limiter le temps passé sur les lieux de distribution sans perdre le lien avec le consommateur ?
Exemple des marchés, pour lesquels le temps immobilisé est important (temps de présence et trajets) mais le rapport avec le consommateur précieux.

ampouleMarché commun avec mutualisation des moyens (stand, équipement, etc.) et de la présence (présence alternée au prorata du chiffre d’affaires par exemple). La mutualisation peut être réalisée entre deux producteurs ou à plus grande échelle au sein d’un groupement de producteurs.

Exemple de stand collectif mis en place par Bio 63 : 2 producteurs vendent les produits de 7 autres producteurs. Une commission de 10% est prise sur les produits vendus, elle revient à BIO63 qui loue le stand du marché.

ampouleAutres modes de distribution : Amap, magasins de producteurs, qui impliquent beaucoup moins de temps de présence

 

Comment organiser l’approvisionnement les points de distribution plus éloignés qui s’avèrent chronophages et non rentables ?

ampouleMutualisation du trajet par l’intermédiaire de La Charrette

ampouleLe recours à des transporteurs. Cependant cette solution n’est pas privilégiée car s’avère souvent chère et s’accompagne parfois de problème (casse etc…).

ampouleCamion vitrine

ampoulePoints relais

 

Comment optimiser la livraison d’un point de distribution en particulier (type magasins de producteurs) pour tous les producteurs ?

ampouleUtilisation du système de La Charrette qui peut être fermé aux membres du magasin ou ouvert à tous (augmentant ainsi les opportunités de mutualisation en donnant accès à plus de flux en dehors de réassort du magasin).

ampouleUtilisation de l’outil Local (CIVAM)

 

Pour un magasin, comment se sourcer en petits producteurs éloignés et diversifier l’offre (exemple: mandarines de Corse) ?

ampouleMutualisation des commandes

ampouleDéveloppement par les transporteurs d’une offre « circuit-court »


 

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Laura & Marie GIACHERIO
Fondatrices La Charrette
Contact@lacharrette.org
06 64 12 89 69

Elodie COUDERT
Animatrice FRCIVAM AUVERGNE
coudert.civam@orange.fr
Tel : 04 73 61 94 04